Eau sans filtre

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Pesticides et métabolites dans l'eau du robinet : ce que veulent vraiment dire les dépassements

Les dépassements de pesticides sont parmi les plus fréquents dans les analyses de l'eau du robinet. Pourtant, l'eau reste presque toujours consommable. Explication d'un paradoxe réglementaire, et de ce que vous pouvez faire si vous préférez les éviter.

Mis à jour le 24 octobre 20263 min de lectureChiffres vérifiés aux sources officielles
L'essentiel
  • La limite de 0,1 µg/L par substance est une valeur de précaution environnementale, fixée sans lien avec la toxicité de chaque molécule.
  • Les valeurs sanitaires de l'ANSES sont beaucoup plus élevées. Pour la chloridazone desphényl, le ministère a retenu une valeur sanitaire transitoire de 3 µg/L.
  • La plupart des dépassements concernent des métabolites, des résidus de dégradation d'herbicides et de fongicides interdits depuis des années.
  • Un filtre à charbon actif de qualité ou un osmoseur réduisent ces résidus. C'est un choix de confort, sauf avis contraire de l'ARS.

Deux chiffres à ne pas confondre

Pour les pesticides, la réglementation fixe une limite de qualité de 0,1 µg/L par substance et de 0,5 µg/L pour le total. Ces chiffres datent de la première directive européenne sur l'eau potable : ils traduisent un principe, « pas de pesticides dans l'eau », et ont été choisis à l'époque comme proches de la limite de détection des laboratoires. Ils ne dépendent pas de la toxicité de chaque molécule.

À côté, l'ANSES calcule pour chaque molécule une valeur sanitaire maximale : la concentration en dessous de laquelle boire cette eau toute sa vie ne présente pas de risque. Ces valeurs sont presque toujours bien plus élevées que 0,1 µg/L. Pour les métabolites de la chloridazone, faute de valeur définitive, le ministère de la Santé a retenu en 2022 une valeur sanitaire transitoire de 3 µg/L, trente fois la limite de qualité.

En pratique : une eau à 0,15 µg/L d'un métabolite « dépasse la limite » et apparaît comme non conforme dans les données. Mais elle reste consommable tant qu'elle est sous la valeur sanitaire. L'ARS peut alors accorder une dérogation temporaire, qui oblige le distributeur à corriger la situation dans un délai fixé.

Les métabolites, ces résidus qui durent

Un métabolite est un produit de dégradation d'un pesticide dans le sol ou dans l'eau. Certains durent bien plus longtemps que la molécule d'origine. C'est ce qui explique les dépassements actuels, alors que les substances en cause sont souvent interdites :

  • Chloridazone desphényl et chloridazone méthyl desphényl : des métabolites d'un herbicide longtemps utilisé sur la betterave. L'ANSES les a classés « pertinents » par défaut, faute de données toxicologiques suffisantes, sans qu'un risque sanitaire soit établi.
  • Chlorothalonil R471811 : un métabolite d'un fongicide interdit dans l'Union européenne depuis 2020. Après l'avoir classé pertinent, l'ANSES l'a reclassé « non pertinent » dans un avis du 29 avril 2024 : il n'est plus soumis à la limite de 0,1 µg/L, mais à une valeur indicative de 0,9 µg/L.
  • Chlorothalonil R417888 : un autre métabolite du même fongicide, lui classé pertinent, donc soumis à 0,1 µg/L.

Le nombre de molécules recherchées a beaucoup augmenté : l'ARS Île-de-France est passée d'environ 140 à plus de 200 pesticides et métabolites en 2022, et a encore élargi sa liste en 2025. Plus on cherche, plus on trouve : une partie de la hausse des dépassements vient de là.

Les substances en cause dans les réseaux que nous suivons

Voici les substances dont la dernière mesure dépassait encore la limite (ou la valeur indicative) dans au moins un réseau, sur les 12 derniers mois :

SubstanceRéseaux concernés
Chloridazone desphényl399
Chloridazone méthyl desphényl207
Total des pesticides analysés207
Chlorothalonil R471811205
Chlorothalonil R417888142
Anthraquinone (pesticide)24
Atrazine déséthyl21
Atrazine déséthyl déisopropyl14
Dalapon 8510
Terbuthylazine métabolite LM68

Réseaux d'France dont la dernière mesure dépassait encore la limite (ou la valeur indicative pour un métabolite non pertinent), sur 12 mois.

Sur chaque page de commune, nous distinguons un dépassement en cours (la dernière mesure dépasse encore) d'un dépassement ponctuel, revenu sous la limite depuis. Le second fait baisser notre niveau d'un cran : un pic isolé il y a dix mois ne dit pas grand-chose de l'eau d'aujourd'hui.

Faut-il filtrer ?

Notre règle est simple :

  • Dépassement en cours d'une limite de qualité : nous recommandons un filtre au robinet de la cuisine, pour l'eau que vous buvez. Un filtre à bloc de charbon actif retient bien la plupart des pesticides et métabolites, sans retirer les minéraux ; un osmoseur va plus loin et retient aussi nitrates et PFAS.
  • Métabolite non pertinent au-dessus de 0,9 µg/L : un filtre à charbon est facultatif, si vous préférez l'éviter.
  • Tout sous les limites : rien à acheter.

L'efficacité dépend de l'entretien : une cartouche saturée ne retient plus rien. Une carafe filtrante fait mieux que rien, mais nettement moins qu'un vrai filtre sous évier.

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Questions fréquentes

Puis-je boire l'eau si les pesticides dépassent la limite ?

Le plus souvent oui. Tant que la teneur reste sous la valeur sanitaire de la molécule, l'ARS autorise la consommation, parfois avec une dérogation temporaire qui oblige le distributeur à corriger la situation. Si une restriction s'impose, la mairie et l'ARS préviennent la population.

Qu'est-ce qu'un métabolite « non pertinent » ?

C'est un produit de dégradation d'un pesticide dont l'ANSES a estimé qu'il ne présente pas les propriétés toxiques de la substance mère. Il n'est plus soumis à la limite de 0,1 µg/L, mais à une valeur indicative de 0,9 µg/L. C'est le cas du chlorothalonil R471811 depuis un avis de l'ANSES du 29 avril 2024.

Une carafe filtrante retire-t-elle les pesticides ?

En partie seulement, et de moins en moins à mesure que la cartouche s'use. Un filtre à bloc de charbon actif sous évier, changé à temps, est nettement plus efficace ; un osmoseur l'est davantage encore.

Pourquoi trouve-t-on des pesticides interdits depuis des années ?

Parce que leurs métabolites sont très persistants et migrent lentement dans les nappes. Le chlorothalonil n'est plus autorisé dans l'Union européenne depuis 2020, mais son métabolite R471811 est encore mesuré dans une grande partie de l'eau française.

L'eau en bouteille est-elle une meilleure solution ?

Pas forcément. Une eau minérale doit être pure à la source, mais elle n'est pas contrôlée aussi souvent que l'eau du robinet, elle coûte des dizaines de fois plus cher et pose d'autres questions (plastique, transport). Si votre eau est conforme ou ne dépasse que la limite de précaution, l'eau du robinet reste un très bon choix ; si vous préférez réduire les résidus, un filtre à charbon actif revient bien moins cher.