- La limite de 0,1 µg/L par substance est une valeur de précaution environnementale, fixée sans lien avec la toxicité de chaque molécule.
- Les valeurs sanitaires de l'ANSES sont beaucoup plus élevées. Pour la chloridazone desphényl, le ministère a retenu une valeur sanitaire transitoire de 3 µg/L.
- La plupart des dépassements concernent des métabolites, des résidus de dégradation d'herbicides et de fongicides interdits depuis des années.
- Un filtre à charbon actif de qualité ou un osmoseur réduisent ces résidus. C'est un choix de confort, sauf avis contraire de l'ARS.
Deux chiffres à ne pas confondre
Pour les pesticides, la réglementation fixe une limite de qualité de 0,1 µg/L par substance et de 0,5 µg/L pour le total. Ces chiffres datent de la première directive européenne sur l'eau potable : ils traduisent un principe, « pas de pesticides dans l'eau », et ont été choisis à l'époque comme proches de la limite de détection des laboratoires. Ils ne dépendent pas de la toxicité de chaque molécule.
À côté, l'ANSES calcule pour chaque molécule une valeur sanitaire maximale : la concentration en dessous de laquelle boire cette eau toute sa vie ne présente pas de risque. Ces valeurs sont presque toujours bien plus élevées que 0,1 µg/L. Pour les métabolites de la chloridazone, faute de valeur définitive, le ministère de la Santé a retenu en 2022 une valeur sanitaire transitoire de 3 µg/L, trente fois la limite de qualité.
En pratique : une eau à 0,15 µg/L d'un métabolite « dépasse la limite » et apparaît comme non conforme dans les données. Mais elle reste consommable tant qu'elle est sous la valeur sanitaire. L'ARS peut alors accorder une dérogation temporaire, qui oblige le distributeur à corriger la situation dans un délai fixé.
Les métabolites, ces résidus qui durent
Un métabolite est un produit de dégradation d'un pesticide dans le sol ou dans l'eau. Certains durent bien plus longtemps que la molécule d'origine. C'est ce qui explique les dépassements actuels, alors que les substances en cause sont souvent interdites :
- Chloridazone desphényl et chloridazone méthyl desphényl : des métabolites d'un herbicide longtemps utilisé sur la betterave. L'ANSES les a classés « pertinents » par défaut, faute de données toxicologiques suffisantes, sans qu'un risque sanitaire soit établi.
- Chlorothalonil R471811 : un métabolite d'un fongicide interdit dans l'Union européenne depuis 2020. Après l'avoir classé pertinent, l'ANSES l'a reclassé « non pertinent » dans un avis du 29 avril 2024 : il n'est plus soumis à la limite de 0,1 µg/L, mais à une valeur indicative de 0,9 µg/L.
- Chlorothalonil R417888 : un autre métabolite du même fongicide, lui classé pertinent, donc soumis à 0,1 µg/L.
Le nombre de molécules recherchées a beaucoup augmenté : l'ARS Île-de-France est passée d'environ 140 à plus de 200 pesticides et métabolites en 2022, et a encore élargi sa liste en 2025. Plus on cherche, plus on trouve : une partie de la hausse des dépassements vient de là.
Les substances en cause dans les réseaux que nous suivons
Voici les substances dont la dernière mesure dépassait encore la limite (ou la valeur indicative) dans au moins un réseau, sur les 12 derniers mois :
| Substance | Réseaux concernés |
|---|---|
| Chloridazone desphényl | 399 |
| Chloridazone méthyl desphényl | 207 |
| Total des pesticides analysés | 207 |
| Chlorothalonil R471811 | 205 |
| Chlorothalonil R417888 | 142 |
| Anthraquinone (pesticide) | 24 |
| Atrazine déséthyl | 21 |
| Atrazine déséthyl déisopropyl | 14 |
| Dalapon 85 | 10 |
| Terbuthylazine métabolite LM6 | 8 |
Sur chaque page de commune, nous distinguons un dépassement en cours (la dernière mesure dépasse encore) d'un dépassement ponctuel, revenu sous la limite depuis. Le second fait baisser notre niveau d'un cran : un pic isolé il y a dix mois ne dit pas grand-chose de l'eau d'aujourd'hui.
Faut-il filtrer ?
Notre règle est simple :
- Dépassement en cours d'une limite de qualité : nous recommandons un filtre au robinet de la cuisine, pour l'eau que vous buvez. Un filtre à bloc de charbon actif retient bien la plupart des pesticides et métabolites, sans retirer les minéraux ; un osmoseur va plus loin et retient aussi nitrates et PFAS.
- Métabolite non pertinent au-dessus de 0,9 µg/L : un filtre à charbon est facultatif, si vous préférez l'éviter.
- Tout sous les limites : rien à acheter.
L'efficacité dépend de l'entretien : une cartouche saturée ne retient plus rien. Une carafe filtrante fait mieux que rien, mais nettement moins qu'un vrai filtre sous évier.
Filtre à charbon actif sur robinet ou sous évier
50 € à 250 € + 60 €/anTraite : chlore, pesticides, pfas (en partie), plomb (si certifié)
Notre sélection (comment nous avons choisi)
- BRITA ON TAP (filtre sur robinet)Se fixe au bout du robinet, sans travaux. Un filtre traite 600 L, soit environ 4 mois (fabricant).
- Waterdrop FC-06 (filtre sur robinet, inox)Même principe, en acier inoxydable. Un filtre traite 1 200 L, soit environ 3 mois (fabricant).
- Waterdrop 10UA (filtre sous évier)Invisible sous l'évier, branché sur l'arrivée d'eau froide. Testé selon la norme NSF 42 pour le chlore, le goût et les odeurs ; un filtre dure jusqu'à 12 mois ou 30 000 L (fabricant).
Osmoseur sous évier
250 € à 700 € + 80 €/anTraite : nitrates, pesticides, pfas, plomb, calcaire, chlore
Notre sélection (comment nous avons choisi)
- Waterdrop G3P600 (sans réservoir)Compact, sans réservoir, branché sur une prise électrique. Certifié NSF/ANSI 58 selon le fabricant, qui annonce 1 L rejeté pour 2 L d'eau produite.
- iSpring RCC7AK (avec réservoir et reminéralisation)Le modèle classique à réservoir, avec une étape qui remet des minéraux dans l'eau filtrée. Certifié NSF/ANSI 58 selon le fabricant.
Carafe filtrante
20 € à 40 € + 60 €/anTraite : chlore, calcaire (en partie), pesticides (en partie)
Notre sélection (comment nous avons choisi)
- BRITA Marella + 3 cartouches MAXTRA Pure PerformanceLa référence : cartouches vendues partout. Une cartouche filtre 150 L, soit environ 4 semaines (fabricant).
- Philips Water, carafe filtrante + 6 cartouchesLivrée avec 6 cartouches de 30 jours chacune (fabricant), de quoi tenir environ six mois, et un minuteur qui rappelle le changement.
- BRITA carafe en verre + 3 cartouches MAXTRA Pure PerformanceLe même filtre que la Marella, dans une carafe en verre plutôt qu'en plastique.
Pour comparer les solutions : quel filtre pour quel problème.
Des pesticides dans votre eau ?
Entrez votre commune : les mesures officielles de votre réseau et une réponse claire, en 30 secondes.
Questions fréquentes
Puis-je boire l'eau si les pesticides dépassent la limite ?
Le plus souvent oui. Tant que la teneur reste sous la valeur sanitaire de la molécule, l'ARS autorise la consommation, parfois avec une dérogation temporaire qui oblige le distributeur à corriger la situation. Si une restriction s'impose, la mairie et l'ARS préviennent la population.
Qu'est-ce qu'un métabolite « non pertinent » ?
C'est un produit de dégradation d'un pesticide dont l'ANSES a estimé qu'il ne présente pas les propriétés toxiques de la substance mère. Il n'est plus soumis à la limite de 0,1 µg/L, mais à une valeur indicative de 0,9 µg/L. C'est le cas du chlorothalonil R471811 depuis un avis de l'ANSES du 29 avril 2024.
Une carafe filtrante retire-t-elle les pesticides ?
En partie seulement, et de moins en moins à mesure que la cartouche s'use. Un filtre à bloc de charbon actif sous évier, changé à temps, est nettement plus efficace ; un osmoseur l'est davantage encore.
Pourquoi trouve-t-on des pesticides interdits depuis des années ?
Parce que leurs métabolites sont très persistants et migrent lentement dans les nappes. Le chlorothalonil n'est plus autorisé dans l'Union européenne depuis 2020, mais son métabolite R471811 est encore mesuré dans une grande partie de l'eau française.
L'eau en bouteille est-elle une meilleure solution ?
Pas forcément. Une eau minérale doit être pure à la source, mais elle n'est pas contrôlée aussi souvent que l'eau du robinet, elle coûte des dizaines de fois plus cher et pose d'autres questions (plastique, transport). Si votre eau est conforme ou ne dépasse que la limite de précaution, l'eau du robinet reste un très bon choix ; si vous préférez réduire les résidus, un filtre à charbon actif revient bien moins cher.
Sources
- Arrêté du 11 janvier 2007, limites de qualité des pesticides, Légifrance
- ARS Hauts-de-France, Les métabolites du chlorothalonil (avis ANSES du 29 avril 2024)
- ARS Île-de-France, Surveillance des pesticides et métabolites dans les eaux destinées à la consommation humaine
- Préfecture de l'Aisne, Métabolites de chloridazone : valeur sanitaire transitoire de 3 µg/L (2022)
- ARS Normandie, Questions-réponses sur les métabolites de la chloridazone (2024)
- HCSP (2025), avis relatif aux métabolites de pesticides dans l'eau potable
Les mesures par commune viennent du contrôle sanitaire des ARS (ministère chargé de la Santé, data.gouv.fr). Voir notre méthodologie.